Christian Herren

Charles Lapicque
Une collection privée inconnue

20 octobre – 13 novembre 2022
6 bis rue du Forez, 75003 Paris

Vous êtes cordialement invités au vernissage et au verre de l'amitié le 20 octobre de 17h00 à 21h00.

Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, deux personnalités importantes sont assises côte à côte dans un avion : aux commandes, le pilote et futur auteur du Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry (1900 – 1944), et à ses côtés Charles Lapicque (1898 – 1988), alors scientifique et plus tard peintre de renommée mondiale. Au cours de ce vol commun, le jeune artiste Charles Lapicque – mobilisé pour la guerre, au Centre national de recherche scientifique de Toulouse – devait étudier l'effet des couleurs en vol de nuit et concevoir des motifs de camouflage. Ses théories sur l'effet des couleurs élaborées à l'époque marqueront plus tard la peinture moderne – d’ailleurs, André Breton a qualifié Lapicque dès 1961 de « l'un des dix plus importants artistes vivants ». Aujourd'hui, les travaux de l'artiste semblent plus actuels que jamais.

Christian Herren, jeune directeur de création, conseiller en art et chercheur, présente du 20 octobre au 13 novembre 2022 des peintures et des dessins de Charles Lapicque dans sa galerie nomade. Les œuvres exposées – dont certaines ont été présentées au Centre Pompidou en 1978 – proviennent d'une ancienne collection privée et ne sont réapparues sur le marché qu'après plus de 50 ans.



Charles Lapicque – un peintre « contemporain »
Pendant des années, le marché de l'art et les expositions des musées ont été dominés par l'art abstrait et conceptuel. Mais depuis le début des années 2000 au moins, la peinture figurative est revenue sur le devant de la scène ; actuellement, cette forme d'art séculaire connaît même un véritable essor. Les styles, les approches et les dessins sont très variés. Quelques thèmes dominants peuvent toutefois être dégagés : par exemple, la préoccupation pour l'identité contemporaine – les questions des origines, des cultures et des idéologies – ou l'utilisation ludique et néo-pop de couleurs vives et de motifs plats. Ces derniers, univers colorés inspirés de la culture pop et de l'histoire de l'art, jettent un pont passionnant vers Charles Lapicque : en tant que cofondateur de l’École de Paris, ses œuvres entre 1939 et 1943 sont d'abord décisives pour le développement de la peinture non figurative. Revenant à la figuration, l'artiste cultive cependant rapidement une utilisation avant-gardiste et magistrale des couleurs, souvent pures et directement sorties du tube, et donne ainsi des impulsions essentielles aux courants ultérieurs comme le pop art. Au cours de ses 60 années de création, il transpose en dessin et en peinture des thèmes tels que le paysage, l'histoire de l'art et l'architecture. Toujours proche du courant de l'après-guerre « Nouvelle figuration », le style de Lapicque est difficile à définir. C'est justement cette recherche incessante d'un nouveau mode de représentation et le contact avec la science qui évoquent une proximité avec les approches de l'art postmoderne et du bad painting. 





En avion avec Saint-Exupéry
Charles Lapicque grandit bien protégé à Paimpol, petite ville côtière de Bretagne. Il suit une formation d'ingénieur électricien et, parallèlement, commence à peindre en autodidacte. Encouragé par sa femme, il travaille de plus en plus à son œuvre artistique et est finalement découvert par Jeanne Bucher, célèbre galeriste parisienne, qui l'expose avec succès. Malgré cette grande reconnaissance, Charles Lapicque décide d'associer l'art et la science et rédige une thèse de doctorat dans le domaine de la physique. Dans le cadre de ce travail, il étudie le fonctionnement de l'œil humain par rapport aux couleurs. L'accent est mis sur le développement d'appareils de vision nocturne. Pendant la guerre, le peintre est chargé de concevoir des motifs de camouflage et d'étudier l'effet des couleurs depuis la perspective d'un avion. Le pilote lors ces vols d'étude n’est autre qu’Antoine de Saint-Exupéry, créateur du mondialement célèbre Petit Prince. Après la guerre, Lapicque se consacre exclusivement à la peinture. Inspiré par ses connaissances de physicien, l’artiste se penche sur les méthodes de mesure de la lumière visible et de la perception des couleurs, de la translucidité des tons bleus et rouges ou de la problématique de la vision de près et de loin.

Science et peinture
L’observation de la longue période de création de l'artiste révèle que son style est toujours soumis à des changements et à de nombreuses innovations. Son intérêt pour l'effet des couleurs et pour les recherches scientifiques connexes demeure une composante constante de son œuvre. Lapicque se plonge de plus en plus dans les secrets des couleurs, en particulier du rouge et du bleu. De par ses études de l'optique et de la lumière, il constate par exemple que, dans une image, le rouge, l'orange et le jaune donnent une perception de distance, tandis que le bleu donne une sensation de proximité, de solidité et de premier plan. Cette compréhension innovante des couleurs représente un défi pour la peinture figurative traditionnelle, dans laquelle le bleu est la couleur du ciel lointain et vaste.

Des dessins rares et intimes issus d'une collection privée inconnue
Dans son exposition, outre quelques peintures et gouaches colorées et notamment l'œuvre principale « L'embarquement pour Cythère », Christian Herren se réjouit de pouvoir présenter surtout des dessins monochromes inconnus. Ces œuvres pleines d'élan, souvent déchirées lorsque Lapicque les jugeait mauvaises, sont très rares dans les collections privées et publiques et confèrent à cette exposition une valeur particulière.